Comment ne plus du tout aimer les gens en 7 leçons

Ben oui, je sais, ça fait une paye. Vous savez ce que c’est, le temps qui passe et tout le tralala. Et puis… bon allez, je vous le dis. Y a quelques mois, voila pas que mon téléphone sonne. Et voila pas non plus qu’en collant mon oreille dessus, j’entends ça :

 « - Madame Tatie prout prout ?

- Oui ?

- C’est moi, le super éditeur à qui vous avez envoyé un manuscrit.

- Merci.

- J’aime votre texte, je vous édite.

- Merci.

- Il faudra qu’on en discute plus calmement.

- Merci

-Vous me rappelez quand vous serez tranquille ?

- Merci

- Au revoir.

- Merci

Six mois pour m’en remettre, il me fallait bien ça.

Alors vous pensez si je vais pas perdre mon temps à écrire sur un pauvre blog pour amateurs. Surtout que si je ne m’abuse, personne, je dis bien PERSONNE  (même pas ma mère) ne m’a encore demandée de le continuer, ce blog. 

Bon, alors, qu’est-ce que je fais là ?, vous allez me dire. Ben… c’est à dire que j’en ai sacrément gros sur la patate. Alors il faut que je vous explique. Il faut que je vous raconte comment Moi, Tatie P., j’ai commencé à ne plus aimer les gens. Mais alors plus du tout.

En gros, c’est arrivé comme ça :

1- Prenez une fille plutôt normale, qui n’a jamais fait de vague, pas un cheveux plus long que l’autre, rien.

2- Cette fille, elle se met en tête de devenir bibliothécaire, elle ne sait même pas pourquoi.

3- Alors elle passe un punaise de concours, et à l’oral, elle raconte qu’elle aime les livres, mais, ce qu’elle aime par dessus tout, ce sont… les gens.

4- Là, elle voit que les mecs en face, ils sont drôlement contents qu’elle dise ça, et elle est reçue aussi sec.

5- Elle se fait embaucher dans une médiathèque pour enfants sauvages, histoire de voir combien de temps elle peut survivre dans un environnement hostile. Et puis, à bout de force, elle arrive à la médiathèque de Troufignon, histoire de se refaire une santé.

6- Là, elle s’imagine qu’elle va couler des jours heureux, et elle s’installe derrière la « banque de prêt ».

7- Elle chausse son plus beau sourire, et elle attend que eux, les gens, ils arrivent.

Et ils sont arrivés, les gens.

Des gens qui vous appellent Monsieur alors que vous êtes une Madame ; des gens qui adooorent Marc Levy ; des gens qui arrivent cinq minutes avant la fermeture et qui vous demandent le dernier enregistrement de ce fameux compositeur albanais d’origine australienne ; des gens qui vous toussent dessus ; des gens qui sentent mauvais du slip ; des gens qui menacent d’écrire au Président de la République parce que la couleur de la moquette ne leur plaît pas ; des gens qui s’imaginent que leur vie est tellement intéressante que vous n’avez rien d’autre à foutre que de les écouter parler ; des gens pas contents qui montrent leurs dents. Des gens quoi.

A ce stade-là, elle grogne un peu de temps de temps, mais elle arrive encore à en rigoler. Oui, elle rigole, parce qu’elle n’a pas encore rencontré La troufignonnaise. La bonne vieille troufignonnaise de base, bien propre sur elle avec sa petite mise en plie toute fraîche de ce matin.

Faut dire que La troufignonnaise, elle paye ses impôts et son abonnement aussi, alors elle a le droit de traîter celles et ceux qui bossent là comme des moujik. Normal. Alors quand l’autre là, vous savez, la bibliothécaire qui aimait les livres et les gens aussi, lui annonce toute fière d’elle que depuis le 1er janvier, l’abonnement est gratuit pour tout le monde, même les riches, ben ça la fout en rogne, La troufignonnaise. Ben oui quoi, c’est pas qu’elle aimait ça, payer, au contraire. Le problème, c’est qu’elle s’est réabonnée en novembre dernier, et à deux mois près, elle a payé cinq euros. Et ça, c’est pas normal, crotte ! C’est tellement pas normal qu’elle trouve que la moindre des choses, c’est de faire une lettre d’excuse aux pauvres gens comme elle qui ont été rackétés, oui Madame, rackétés alors que maintenant, c’est gratuit !

Une lettre d’excuse pour essayer de nous faire pardonner la gratuité de l’abonnement… S’il vous plaît, sortez-moi de là. Achetez mon livre. Il n’est pas encore sorti, mais je sais pas moi, faites quelque chose pour que plus jamais, plus jamais, je ne vois de troufignonnaise de ma vie. 

Merci !

Est-ce la poule qui fit le zof ?

Y’a vraiment une question qui me taraude, depuis quelques temps.  Je crois que ça coïncide à peu près avec mon arrivée à la médiathèque de Troufignon. Et depuis, ben y’a rien à faire, ça me taraude et ça me taraude.

Faut dire qu’à Troufignon, on s’en pose, des questions, et pas qu’un peu. Même qu’on y fait des ateliers philo pour les enfants de huits ans, c’est vous dire si ça va chercher loin.

Moi, le ateliers philo le mercredi après-midi à Troufignon, j’étais un peu septique, tout de même. Faut dire que j’aime pas bien qu’on confonde la médiathèque avec l’école, si vous voyez ce que je veux dire. Faut dire aussi que j’aime encore moins bien les pseudo philosophes qui se la pètent grave.

La philosophe, celle qui se la pète grave, elle a pas bien vu ce que je voulais dire. Elle trouvait même que j’en cherchais un peu trop, des poils, sur les zofs. Et puis elle m’a dit : « Mais mais mais. Voyons voyons. Si j’analyse ce que vous voulez dire, vous trouvez que mes ateliers philos sont trop scolaires ? ». Oui Madame, je veux dire ça. « Mais enfin non, qu’elle continue. Enfin non, parce qu’à l’école, les enfants de huit ans, ils n’en font pas de la philo, hein ? Alors vous voyez, mes ateliers philo, ben c’est pas comme à l’école. Et si c’est pas comme à l’école, ben c’est pas scolaire, vous comprenez, pauvre sous-bibliothécaire mal comprenante que vous êtes ». Oui Madame, je comprends.  Mais je voudrais rentrer chez moi.

Mais j’ai pas pu y rentrer, chez moi. Alors pour pas trop perdre la face, je lui ai proposé de choisir le thème de son premier atelier philo de mes deux. « Le bonheur c’est quoi ? » histoire de pas trop les plomber, les gamins. « Ah, qu’elle me fait la philosophe. Le bonheur c’est quoi. Quand on en aura fini avec ces sujets gnangnans, on pourra peut-être passer aux choses sérieuses ».

Punaise. 

Et puis on y est arrivé, au bonheur c’est quoi. Face à Cruella la philosophe, quatre pauv’gamins sortis de je sais pas où. Alors elle commence, l’autre, avec ses questions à la con. Mais avant, on met les mains sur la table, et on lève le doigt si on veut parler. Un peu comme… Un peu comme dans une bibliothèque, d’accord? Alors on y va. Le bonheur c’est quoi ? 

-Heu, ben le bonheur, c’est quand on est content ?, se risque un des naufragés.

- Le bonheur, c’est quand on est content, qu’elle répète, l’autre. (ça c’est de la reformulation !). Mais pourquoi tu dis ça ?

- …

- Hein, pourquoi tu dis ça ?

- …

-Est-ce que quelqu’un sait pourquoi qu’il dit ça ?

- Il dit ça parce que des fois, les mères, quand elles ont un bébés, ben il trouve qu’elle s’occupe plus assez de lui, dit un des gamins.

- Hein ? Mais enfin, qu’est-ce que tu racontes. Tu dis porte nawak toi. Qui trouve qu’il dit porte nawak ?

- Heu moi, je trouve qu’il a rien compris, répond son pote à côté qui n’est pas si pote que ça. En plus, moi, quand j’ai rien compris, mon père, il me fout des gifles.

- Oui, mais bon, tu es avec nous là ou quoi ?, qu’elle s’énerve, la vieille. Le bonheur, hein, ça vous dis quelque chose, hein ?

- …

-  Vous voulez qu’on continue ?

- Non. On veut rentrer chez nous, qu’ils répondent tous.

Alors ils sont rentrés chez eux. Moi, je les aurais bien suivi, mais j’ai pas pu. Et puis la philosophe, pas démontée pour deux sous, elle s’est tournée vers moi, et elle me l’a posée, sa question :

- Alors, vous avez trouvé ça comment ?

- J’ai trouvé ça insoutenable, que je lui répond. J’ai trouvé ça limite supportable, et pour un peu, je pleurais.

- Ah bon, qu’elle me répond. Vous réagissez avec ce que vous êtes, avec votre propre histoire, vos propres traumatismes. Parce que moi qui suis tout à fait clean dans ma tête, j’ai trouvé qu’il s’en était passé, des choses. Mine de rien, ils ont compris des tas de trucs, ces enfants.   

Tu m’étonnes qu’ils ont en compris, des tas de trucs. Ils ont compris que la médiathèque de Troufignon, ben ils étaient pas prêt d’y remettre les pieds.

Alors voilà. Tout le monde est parti. Même la philosophe, elle s’est barrée, avec ses cliques, et surtout ses claques. Et je me suis retrouvée seule, face à mes interrogations. Ah oui, parce qu’avec tout ça, je vous en ai pas parlé, de mes interrogations.

Ben voila. Y’a un mois, Tonton Raoul et moi, on a acheté deux petites poules, pas encore adultes. Aujourd’hui, elles ont grandit, les bougresses. La première, ça va, je saisis à peu près. Elle picore, elle glousse, tout va bien. C’est la deuxième qui me pose question. Alors je vous le demande. Une poule qui est deux fois plus grosse que sa copine, qui a une crête en haut et en bas de la tête et du poil aux pattes est-elle vraiment une poule ?

Voila. Vous pouvez me répondre en cliquant sur « Commentaires », écrit en bas, en tout petit. S’il vous plaît, aidez-moi, je suis perdue.